Routes de glace, avions et épicerie : le défi de nourrir le Nord
January 12, 2021
January 12, 2021
« De nombreux obstacles empêchent le Nord d’accéder à des sources alimentaires abordables, nutritives et saines, et ces obstacles sont exacerbés en période d’urgence mondiale.»
— L’honorable Daniel Vandal, ministre des Affaires du Nord du Canada.
L’insécurité alimentaire, qui se caractérise par un accès limité à une alimentation nutritive, touche de nombreux Canadiens. En 2017-2018, au moins 4,4 millions de personnes, soit 12,7 % des Canadiens, étaient en situation d’insécurité alimentaire. La situation est disproportionnellement plus grave dans le Nord, où l’insécurité alimentaire des ménages atteint 16,9 % au Yukon, 21,6 % dans les Territoires du Nord-Ouest et 57 % au Nunavut. Ces chiffres datent d’avant la pandémie.
Les peuples autochtones du Grand Nord canadien sont particulièrement vulnérables. Selon Réseau pour une alimentation durable, les Inuits, les membres des Premières Nations et les Métis du Nord connaissent des taux d’insécurité alimentaire de cinq à six fois supérieurs à la moyenne nationale canadienne. Les habitants du Nunavut affichent le taux d’insécurité alimentaire le plus élevé parmi les populations autochtones des pays développés.
Selon un rapport sur l’insécurité alimentaire dans le Nord canadien, en date de mars 2019, il en coûtait en moyenne 422,07 $ par semaine pour nourrir sainement une famille de quatre personnes dans le Nord. Cela représente environ 1 688 $ par mois, soit environ 20 000 $ par an. Le prix des aliments nutritifs est trop élevé pour la plupart des familles. Cette situation est bien sûr aggravée par la hausse du chômage et le stress supplémentaire engendré par la pandémie.
Une partie du Fonds d’urgence pour la sécurité alimentaire du gouvernement du Canada, doté de 200 millions de dollars et mis en place pendant la pandémie, a servi à soutenir les organismes de sécurité alimentaire du Nord. « Ce financement appuiera les efforts des organismes alimentaires du Nord et de l’Arctique qui travaillent quotidiennement pour que les familles aient de quoi se nourrir », a expliqué le ministre des Affaires du Nord. « Ce financement, combiné à l’augmentation de nos investissements dans Nutrition Nord Canada et à la mise en œuvre de la Subvention de soutien aux récolteurs, garantit que notre réponse à l’insécurité alimentaire est solide, globale et complète, afin que les individus, les familles et les collectivités du Nord soient mieux protégés contre l’insécurité alimentaire. »
Malheureusement, tant que les difficultés logistiques et les coûts liés au transport d’aliments sains et entiers vers le Nord persisteront, le prix des aliments nutritifs restera beaucoup trop élevé pour beaucoup trop de gens.

L’insécurité alimentaire dans le Nord est un problème majeur, mais aussi un problème complexe.
Selon Réseau pour une alimentation durable, « les habitants du Nord dépendent d’une alimentation variée, composée d’aliments traditionnels (sauvages) et d’aliments du marché, et les coûts de récolte et de transport des aliments sont extrêmement élevés ». Les aliments traditionnels sont ceux cultivés, pêchés ou récoltés sur la terre et dans l’eau, comme le poisson, le gibier et les plantes sauvages. Cependant, vivre de la terre n’est pas une réalité pour certains membres des communautés nordiques, et ce pour de nombreuses raisons, notamment socio-économiques et environnementales.
En ce qui concerne l’approvisionnement en aliments non traditionnels, de nombreuses communautés nordiques éloignées ne reçoivent des livraisons d’épicerie que quelques fois par année, y compris au Nunavut. Dans certains cas, un chou frais peut coûter 28 $ dans les communautés isolées de l’Arctique et du subarctique. Selon cet article de Business Insider, trois sacs d’épicerie coûtaient 245 $ US à Coral Harbour, au Nunavut. La plupart de ces produits étaient préemballés ; les seuls produits périssables (et nutritifs) apparents étaient le lait, les bananes et l’ananas prédécoupé dans du plastique.
Dans le Grand Nord canadien, la culture de produits frais est généralement impossible de façon durable en raison des hivers rigoureux et interminables. Les aliments doivent donc être importés. Par exemple, les produits des agriculteurs du sud du Canada sont acheminés vers le nord sur de longues distances par camion, avion, bateau et hélicoptère. Ces chaînes d'approvisionnement sont, bien entendu, tributaires des conditions météorologiques.
Livrer des aliments dans le Nord pendant un hiver rigoureux ou une tempête de neige, en période de pandémie ou autre, est extrêmement difficile. Cela peut entraîner des pénuries et une ruée sur les épiceries locales. Si les habitants ne peuvent pas se rendre au magasin dans les jours qui suivent la livraison, il se peut qu'il n'y ait plus de pain, de fruits ni de légumes en rayon. Ils n'auront peut-être d'autre choix que de se tourner vers des produits préemballés, moins chers mais aussi moins nutritifs, lorsqu'ils sont disponibles.

Malgré ces défis, de nombreux membres des communautés nordiques et des organismes communautaires collaborent pour trouver des solutions globales adaptées à leurs besoins. Parmi ces solutions et programmes, on retrouve des banques alimentaires locales, des coopératives, des soupes populaires et des programmes de soutien et de formation aux pratiques traditionnelles de chasse, de pêche, de cueillette, d'agriculture, de récolte et de jardinage. Bon nombre de ces programmes permettent aux membres de se former et de tirer le meilleur parti de la nature.
Lorsque des envois d'aliments frais ou congelés sont livrés aux communautés éloignées par divers organismes sans but lucratif et programmes, tout le monde en bénéficie.
Par exemple, durant l'hiver 2020, Deuxième Récolte a récupéré près de 2 700 kg d'aliments congelés (principalement du poisson) et les a expédiés sur environ 2 000 km jusqu'à Fort Smith, une communauté éloignée du Nord-Ouest. Cette communauté avait connu une année difficile. Grâce au Programme de récupération des surplus alimentaires de 2020, Deuxième Récolte a acheminé plus de 172 000 kg de nourriture dans les territoires.
Non seulement ils devaient faire face à la pandémie, mais le rude hiver les empêchait de chasser et de pêcher, et leurs réserves de nourriture s'épuisaient. « C'était une réponse à leurs prières », nous a confié un membre de la communauté.