APPÉTIT POUR LA PERFECTION : Comment l'esthétique des aliments nous nuit
October 1, 2021
October 1, 2021
Notre système alimentaire est défaillant, et c'est un problème colossal. Le gaspillage alimentaire représente un problème financier pour les agriculteurs, les fabricants, les distributeurs et les entreprises. Il engendre l'insécurité alimentaire et des difficultés financières pour les consommateurs, les collectivités et les personnes dans le besoin. De plus, c'est un grave problème environnemental pour la planète.
En fait, l'article de Sarah Taber sur le gaspillage alimentaire dans le Washington Post résume parfaitement la situation : « Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième plus grand émetteur de CO2 au monde, après la Chine et les États-Unis.» Les pertes et le gaspillage alimentaires représentent près de 60 % de l'empreinte environnementale de l'industrie agroalimentaire canadienne. Cela équivaut à 35,3 millions de tonnes métriques de déchets alimentaires par année. Plus de la moitié des aliments produits dans les pays développés ne sont pas consommés.
Au Canada, 32 % de ces aliments gaspillés étaient totalement évitables. Il s'agit d'une véritable tragédie environnementale, surtout si l'on considère le nombre de ménages et de collectivités
au Canada (et ailleurs) qui souffrent de la faim et d'insécurité alimentaire.
De nombreux facteurs contribuent à la défaillance de notre système alimentaire. Nous abordons chacun de ces problèmes (et les solutions possibles) dans nos rapports sur la crise évitable du gaspillage alimentaire.
Aujourd'hui, nous nous penchons sur la quête de perfection qui caractérise les pays développés et sur la manière dont nos critères esthétiques alimentaires non durables nous nuisent, à nous comme à notre planète.

Le rapport de Deuxième Récolte sur la crise alimentaire retrace le parcours de la tomate, de la production à la consommation, en passant par les pertes et le gaspillage. En effet, des millions de tomates sont cultivées
chaque année au Canada, mais on estime que des centaines de milliers d'entre elles n'atteindront jamais le marché, et encore moins ne quitteront les exploitations agricoles.
Pourquoi?
Du point de vue de la production, de la récolte, de la transformation et de la fabrication, les pertes alimentaires surviennent à différents niveaux, notamment à cause du système de classement esthétique des aliments. Seuls les produits de catégorie 1 ou 2, considérés comme « parfaits », sont vendus aux détaillants. Tout produit qui ne présente pas la forme, la taille, l'apparence et la couleur exactes requises ne correspond pas aux spécifications précises des catégories supérieures.
Une fois rejetés par le transformateur, et faute de débouchés, ces produits finissent à la décharge. La raison ? Un défaut, une meurtrissure, une décoloration, ou tout simplement un aspect jugé « moche ».
Ce même critère de perfection esthétique s'applique aux dates limites de consommation. On jette des aliments et des boissons parfaitement consommables à cause d'une date sans aucun lien avec la sécurité alimentaire.
Une fois que les aliments « parfaits » arrivent chez les distributeurs, les détaillants et les consommateurs, le gaspillage alimentaire s'accentue car les fruits et légumes mûrissent trop vite ou sont oubliés dans nos réfrigérateurs. Dans les magasins, les foyers et les restaurants, le pain frais est jeté dès le lendemain. Les yaourts sont jetés car leur date limite de consommation approche.
Même les consommateurs fouillent dans les rayons des supermarchés pour trouver des produits laitiers « plus frais » ou des avocats ou des fruits à noyau tendres mais sans meurtrissures. Pourquoi ? La triste réalité est que les consommateurs n'achètent pas de fruits et légumes imparfaits. Ils trient les produits et les manipulent jusqu'à trouver le fruit ou le légume parfait, laissant le reste se gâter.
À la maison, 21 % du gaspillage alimentaire est évitable (et pourrait permettre aux ménages d'économiser en moyenne 1 766 $ par an).

Le mouvement « aliments moches » existe depuis de nombreuses années ; il est même devenu controversé et a attiré l’attention des grandes entreprises. Comme l’indique The New Food Economy, « il n’existe pas de solution miracle pour lutter contre le gaspillage alimentaire… » Cependant, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires devrait être une priorité absolue pour les gouvernements, les collectivités, les entreprises et les particuliers.
Nous devons repenser notre exigence de perfection et notre tendance à la surconsommation.
Si les consommateurs n’exigent plus de produits « parfaits », quel impact cela aura-t-il sur la chaîne d’approvisionnement ? Après tout, les aliments « moches » sont tout aussi nutritifs et délicieux. Et si agriculteurs, fabricants, producteurs, distributeurs, commerces et consommateurs – nous tous – modifiions nos habitudes de consommation ?
Et si nous, consommateurs, arrêtions de surconsommer et de remplir nos réfrigérateurs à ras bord pour ensuite jeter les aliments périmés ?
Tant que nous aurons envie d'aliments parfaits, redistribuer les déchets alimentaires contribuera à réduire notre impact environnemental. Plus les aliments de bonne qualité échappent aux sites d'enfouissement (et aux émissions de CO2 qui en découlent), mieux ce sera.
Notre objectif est de détourner les aliments des sites d'enfouissement et de les mettre entre les mains (et dans les cuisines) d'organismes sans but lucratif, de charité, de programmes scolaires et d'agences qui luttent contre la faim dans les communautés en situation d'insécurité alimentaire partout au Canada.
Pour en savoir plus sur la crise évitable du gaspillage alimentaire, consulter notre rapport et notre feuille de route.